TERRIBLES TSARINES

Auteur :
HENRI TROYAT

Genre :
Biographie, HISTOIRE, Politique

Maison d'Edition :
FLAMMARION

Une veuve peut être à la fois sincèrement affligée et raisonnablement ambitieuse.

Le despotisme est une drogue indispensable non seulement à celui qui l’exerce mais encore à ceux qui le subissent.

C’est en 1722 que Pierre le Grand, rompant avec l’usage, a décrété que désormais le souverain pourrait désigner son héritier comme bon lui semblerait, sans se soucier de l’ordre dynastique. Ainsi grâce à ce novateur qui a déjà bouleversé les mœurs de son pays de fond en comble, une femme, bien que sans naissance et sans qualification politique, aura les mêmes droits qu’un homme de monter sur le trône.

Totalement libre de ses choix, elle change d’amants selon sa fantaisie et ne regarde pas à la dépense lorsqu’il s’agit de les récompenser pour leurs prouesses nocturnes.

Ces soûleries et ces coucheries n’empêchent pas Catherine, dès qu’elle a recouvré ses esprits, de se conduire en véritable autocrate.

La raison peut tenir lieu de sentiment lorsque, derrière l’union des âmes, se profilent des alliances politiques et des annexions territoriales.

Comment faire entendre raison à des femmes moins sensibles à la logique masculine qu’au scintillement de quelques cailloux précieux ?

Ce qui est important, quand il s’agit d’installer quelqu’un à la tête de l’Etat, ce n’est pas tant la spécificité sexuelle que le caractère du personnage à qui le pays déléguera sa confiance.

Ces hauts personnages dont les noms, honorés un jour, sont honnis le lendemain.

Elle sait, par atavisme sinon par expérience, que l’autorité exclut la charité.

Un monde où le troc des sentiments est aussi répandu que celui des marchandises.

Sous Anna Ivanovna, les assemblées étaient devenus des foyers d’intrigues et d’inquiétude. Une terreur sourde y régnait sous le masque de la courtoisie.

Certaines inimitiés se révèlent dans un mot, dans un regard, dans un silence.

Leur attachement réciproque n’est de convention et de circonstance.

Tout règne important doit s’inscrire dans la pierre.

Des ouvrages de la même encre coule de sa plume.

Le vrai père importe peu. C’est le père putatif qui compte.

La capacité à capter les informations et à tricoter les intrigues.

Pour se consoler de cette pénurie et de ce désordre typiquement russes, la tsarine s’est remise à boire de grandes quantités d’alcool. Quand elle a avalé un nombre suffisant de verres, elle s’écroule sur son lit, terrassée par un sommeil brut.

Dans ce monde qui peu à peu se détache d’elle, comme aspiré par le néant, elle devine la pitoyable agitation de ceux qui, demain, la porteront en terre. Ce n’est pas elle qui est en train de mourir, c’est l’univers des autres.

Qui donc a prétendu que la jupe entrave les mouvements naturels de la femme ?

C’est la tête et non le sexe qui est dorénavant le meilleur atout pour la prise du pouvoir.

Rien n’est plus noble que de construire son avenir en dehors des nations, de la nationalité et de la généalogie.