
Auteur :
JEAN-CHRISTOPHE RUFIN
Genre :
Maison d'Edition :
GALLIMARD
Il est des éclaircissements qui assombrissent.
L’homme semblait plus amusé que troublé par la sourde hostilité et les murmures de l’assistance.
C’était une femme qui, comme lui, semblait avoir bataillé sans répit jusqu’à cet âge de la cinquantaine où le combat cesse d’appeler le combat et met sur le visage une expression de lassitude et de sérénité.
Un être que la vie semblait avoir projeté dès sa naissance contre un mur de violence et de pauvreté.
Il mettait ce qu’il pouvait de menace dans sa bonne voix.
Dieu a voulu que cet abîme de péché, cette créature de jouissance et de perdition soit aussi la grande voie du salut.
Il reçut le choc dont toute sa vie n’allait plus être que l’écho.
Voyant la partie perdue, il retrouvait l’ambition familière, qu’il avait jusqu’ici toujours satisfaite : laisser les autres à leur destin et sauver sa peau.
Un lieu de méditation pour les mélancoliques et de complot pour les révoltés.
L’idée d’honneur, de gloire et de sacrifice, qui plongeaient ses racines dans les plus magnifiques chimères de son enfance.
Tout ce qui apparaît de la vie quand les années l’ont usée jusqu’à en révéler le cœur et l’esprit était lisible sur son visage cousu de rides.
Elle eut honte d’un coup d’avoir appliqué le fer des mots sur la plaie de la vérité.
L’évidence le disputait à l’indignation et il ne savait sous quel empire se placer.
L’homme n’est pas bon. Il est perdu, damné, enchaîné à son destin de vouloir le mal et de l’accomplir.
Cette Française retournée aux mœurs sauvages.
Un débat un peu long, une veillée moins animée le précipitaient publiquement dans une rêverie poétique qui tournait au ronflement sonore.
Le génie de la civilisation était tout entier dans cette habileté à épanouir le sexe en le cachant, à révéler en dissimulant, à émouvoir jusqu’à l’âme par la modestie et l’artifice.
Derrière cette apparence misérable on reconnaissait les traits de réserve et de gravité d’un personnage bien né.
En lieu et place de la douceur, ce jardinier de l’horreur cultivait la guerre, la destruction, la haine.
L’affaire était venue devant l’amiral. En elle-même, elle n’avait guère d’importance, mais elle révélait le fond délétère d’un climat de violence, de suspicion et de jalousie.
Sous ses poses de noblesse et d’élégance, il n’avait jamais pratiqué que les plus grossiers compromis et supporté les mensonges qu’il s’inventait, en faisant mine de les croire.
La jouissance sans retenue du moment présent.
Une émotion violente qui confinait aux larmes et tout en même temps les retenait.
Pitié ! Implora-t-il en mettant dans sa voix la belle sincérité d’un homme brisé par la tragédie du destin.
Écrasé entre l’enclume du mépris et le marteau de l’indignation, il se redressa sous le choc.