NOIR SILENCE

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LES ARENES

Dès qu’il s’agit d’Afrique, l’Etat-major fonctionne comme un Etat, mal contrôlé par le pouvoir exécutif, pas du tout par le parlement ni par la presse, encore moins par les citoyens.

Principale richesse du Congo-Brazzaville, le pétrole devrait financer le bien-être de ses 2 800 000 habitants. Il a plutôt surchauffé les luttes intestines, jusqu’au déchaînement de milices ethniques.

Une gestion ruineuse, une politique ethnicisée et manœuvrière.

A trop privilégier le langage militaire, la constitution tardive d’une plate-forme politique a fait l’effet d’un coup d’épée dans l’eau.

Kabila n’a cessé de dénigrer les uns et reléguer l’autre. Il bloque l’activité des partis politiques. Il maltraite la presse. Il malmène les associations dont le tissu est l’une des richesses du pays, la société zaïroise ayant dû apprendre à survivre sans rien attendre d’un Etat déliquescent.

Les effets désastreux de la logique belliciste : oppression, exaction, massacre, dévastation.

La politique délibérée du président Déby consiste en l’utilisation systématique et ouverte de la liquidation physique comme moyen de résolution des contradictions politiques.

Le régime tchadien choisi par la France, suspendu à l’aide financière octroyée ou autorisée par Paris, branché sur les trafics françafricains, militairement instruit et transporté par l’armé française, surveillé par la DGSE, ne se maintient au pouvoir que grâce à la terreur inspirée par une « Garde républicaine » tribale et une police politique tortionnaire.

Un régime tricheur et corrompu, jusqu’au tréfonds.

Une politique génératrice de génocides.

Il pratique un discours sinusoïdal, alternant pulsions francophobes et appels à la France.

Il n’est pas question cependant de laisser ces pays, travaillés par l’ethnisme et guettés par l’anarchie, choisir eux-mêmes leur sortie de crise. Car ils sont riches en minéraux et en diamants.

La Françafrique avec ses compromissions les plus flagrantes avec une série de systèmes militaires ou policiers, oppresseurs et prédicateurs.

Il installe son clan aux manettes et aux recettes.

La façade élégante des institutions politiques sénégalaise ne masque plus ce qu’elle est : un cache-misère, ou plutôt la couverture légale d’une fabrique à misère.

Une opposition qui, après chaque échéance électorale rentre dans un gouvernement élargi ou « d’union nationale », alors que sa défaite est largement imputable à la fraude électorale.

Le Libéria est trop ruiné pour qu’une société puisse y fonctionner ; c’est par contre un paradis fiscal, et une plaque tournante du trafic de drogue.

L’accord de défense avec la Centrafrique s’est perdu dans la forêt.

La France, dont la politique africaine manque considérablement de lucidité, faute d’avoir fait le deuil de son empire.

Cet argent a une odeur de misère et de sang.

Si l’on se donne la peine d’aller investir et commercer en Afrique, c’est que l’on escompte plus d’impunité et de profit qu’en France.

Le maillage africain tissé puis entretenu par Foccard avait nécessité une forme de talent, et beaucoup d’obstination. Les jeunes Foccardiens, peu nombreux, ne sont pas forcément adroits, ni persévérants.

Il justifie le « train de vie » qui lui est reproché par son « train de travail ».

La vulnérabilité du réseau chiraquien réside dans l’exceptionnel niveau d’affairisme, de corruption, de racket des marchés publics suscité par l’appétit du pouvoir et les ambitions présidentielles de celui qui fut pendant dix-huit ans maire de Paris. Il fallait pour cela une énorme pompe à finances, fortement connectée sur l’Afrique.

Les solidarités claniques sont peu favorables à la démocratie et à l’Etat de droit.

Une époque d’incertitudes identitaires, de précarité économique, de brassage des cultures, de fin du mythe de la France blanche.

Si le réseau Pasqua est plus inquiétant que le réseau Foccard repris par Chirac, c’est bien parce qu’il véhicule un discours totalisant.

 

L’indivision est un concept et une coutume profondément corses, autant qu’africains. La famille est si importante que l’on ne parvient pas à diviser l’héritage commun. L’on reste indéfiniment tenu les uns aux autres dans une relation immédiate, qui refuse la médiation d’un tiers, juge ou comptable. Cette solidarité a quelque chose de touchant, même si elle peut devenir paralysante et figer les inégalités.

Mais il est périlleux, à moyen terme, de gérer les relations internationales comme une famille ou un clan.

La fin est trop importante pour qu’on soit très regardant sur les moyens.

En sus du pétrole, il a du cynisme à revendre.

On en passe, mais l’échantillon est évocateur.

L’Afrique et son fric facile, dans un contexte de paternalisme néocolonial, on fait beaucoup de dégâts.

Il perpétue leurs dictatures criminelles ou leurs démocratures prédatrice.

Lionel Jospin est l’un des rares leaders politiques français, dans le spectre qui va du RPF aux socialistes, à ne pas avoir adossé sa carrière à des réseaux françafricains.

Les jeux à somme positive sont le fondement de toute civilisation : notre brutalité basique ne croit qu’aux jeux à somme nulle, où nous ne pouvons gagner que ce que l’autre perd. La civilité et la civilisation se mesurent à l’ingéniosité de ces jeux positifs.

Une société va mal quand tout le monde croit qu’on ne peut s’en sortir sans tricher. La leçon universelle devient : volons, au besoin tuons.

Dans les valeurs d’une civilisation, il y a les plus visibles. Ce ne sont pas forcément les plus importantes. Elles s’enracinent dans des valeurs plus essentielles, que je qualifierai de métapolitiques. On ne les voit presque jamais directement. On les discerne en observant ce qui fait qu’un peuple, soudain, se réveille, se lève en masse, descend dans la rue.

Au long de l’histoire, ce sont ces réveils de la société civile, en forme de refus, qui ont désigné des limites à l’arbitraire (la légitimité et la démocratie) et à l’inégalité des richesses (le bien commun).

Pendant des siècles, le discours du mépris a seriné que les Noirs étaient incapables, au-delà du folklore, de créativité politique et culturelle, incapables de construire par eux-mêmes une vraie civilisation.

Le système de négation des indépendances africaines, de pillage économique et d’oppression politique. L’expression est passée dans le langage commun, pour désigner la gestion occulte, parallèle, des relations franco-africaines.

La France dreyfusarde, celle qui préfère la vérité et la justice à une fausse conception de l’honneur, promouvant les valeurs respectives plutôt que les déchets d’une histoire jamais dépolluée.