NICOLAT II : LE DERNIER TSAR

Auteur :
HENRI TROYAT

Genre :
Biographie, HISTOIRE, Politique

Maison d'Edition :
J’AI LU

Son esprit est vacant, son attention dispersée.

La force, même coercitive, inspire davantage confiance que la générosité brouillonne.

Il me semble parfois que je dors et que je vais me réveiller.

Elle allie, dans son maintien, la grâce et la majesté.

Le t’aime, ces trois mots renferment toute ma vie.

Venus, le cœur en fête, pour congratuler le tsar, ils ont reçu un seau d’eau froide en pleine figure.

Comme beaucoup de caractères faibles, par moment il se cabre, s’entête et prend une décision inconsidérée, qu’un homme plus sûr de lui eût désavouée ou remise à plus tard.

Pour se rassurer, il se dit que certains holocaustes incompréhensibles au regard des humains sont nécessaires selon la logique divine.

Laissée à l’écart de ce brassage de capitaux, la paysannerie s’appauvrit.

Les idées de ces contestataires sont vagues et livresques.

Son caractère paraît fuyant comme l’eau qui filtre entre les doigts quand on essaie de la capter. Il est chaque chose et son contraire.

Si Nicolas a une intelligence instinctive, qui lui permet de comprendre rapidement les exposés les plus ardus, son manque de culture générale le dessert dans ses rapports avec les esprits supérieurs. Des études incomplètes et dispersées ne l’ont pas préparé à dominer les problèmes. Il voit les éléments et ne sait pas opérer la synthèse. Son attention de miniaturiste, attachée aux détails, l’empêche d’embrasser un vaste horizon. Ainsi est-il souvent incapable de prévoir les conséquences de ses actes. « L’empereur, écrit Witte, est affligé d’une étrange myopie morale… il n’éprouve de crainte que lorsque l’orage vient sur lui »

Par nature et par éducation, il horreur des discussions, des éclats de voix.

Incapable de jouer franc jeu, il cherche toujours des moyens détournés et des voies souterraines. Ce qui le guide dans ses décisions, c’est la croyance mystique dans l’infaillibilité du tsar, traditionnellement inspiré par Dieu. Alors que les ministres développent en sa présence des arguments logiques, citent des chiffres, se réfèrent à un budget, à des traités, invoquent l’exemple des autres nations européennes, lui, agacé par cette basse cuisine, se sent tout entier soumis aux mouvements irrationnels de l’âme.

Personne n’accomplit son devoir par devoir, mais uniquement par intérêt personnel, par désir de faire carrière.

C’était une statue de glace qui répandait le froid autour d’elle.

Détestant le bavardage de saison, elle confère à chaque parole son poids de vérité.

Elle se jette dans sa nouvelle foi avec l’ardeur brouillonne d’une prosélyte.

Comment la religion d’une telle femme, qui vit dans l’atmosphère morbide d’un luxe oriental, entourée d’une légion de flatteurs sans cesse courbés devant elle, devait fatalement dégénérer en un mysticisme indigeste et en un fanatisme que ne tempérait aucune aimable douceur.

Ces pages à l’écriture anonyme, ces formules froidement administratives, loin de l’éclairer, lui masquent la réalité vivante de la Russie.

La Russie tout entière est une maison de fous.

Personnage rétrograde et borné.

L’envahissement de l’enceinte sacrée du palais par ces intrus au regard illuminé par le triomphe, parfois les traits crispés par la haine.

J’ai versé ma part à cette mer de larme et de sang qui vous a élevés jusqu’ici.

Ce programme est si radical que ceux-là même qui l’ont élaboré dans la fièvre se rendent compte qu’il n’a aucune chance d’être accepté par le tsar.

Je comprends et j’apprécie les motifs de haute moralité qui vous ont engagé à m’adresser cette requête.

Cet homme a la parole aisée et persuasive, donne à son entourage une impression de solidité, de lucidité et de bravoure.

Koulaks (homme à poigne).

Le gouvernement veut trouver une base d’accord pour travailler avec la Douma ; il veut trouver un langage accessible à tous. Je me rends compte que ce langage ne peut être celui du courroux ni celui de la haine.

La torture de cette mère assistant impuissante au martyre de son enfant.

Friand de confessions féminines, Raspoutine l’est aussi de contacts charnels. Simple moujik, aux mœurs brutes et à l’esprit aigu, il allie la bestialité la plus grossière à un sens religieux très élevé, la charité à la luxure, le désintéressement à l’intrigue. Son comportement est une alternance d’élans et de chutes. C’est un homme de Dieu habité par le diable. Sa parole est envoûtante, son regard perce les secrets, une force maléfique émane de toute sa personne et capte la confiance de ceux qui ont la naïveté de l’accueillir.

Certaines de ces femmes s’offrent à lui sans vergogne, persuadées d’approcher Dieu en communiant dans le plaisir de la chair. Lui aussi d’ailleurs est convaincu qu’il obéit à la volonté du ciel en assouvissant ses plus bas appétits. Dans son esprit, le destin de tout individu ne se résume pas dans une lutte entre le bien et le mal, mais dans un heureux mélange de ces deux tendances, qui s’exaltent en s’opposant jusqu’au paroxysme de la jouissance.

Il leur enseigne que les trois étapes du bonheur sont le péché, suivi par le rachat et couronné par le salut dans la jouissance. Ainsi, pour accéder au pardon suprême, est-il nécessaire de se plonger dans les satisfactions coupables de la chair.

C’est une chimère romantique et démodée.

Doué d’une vaste intelligence et d’une capacité de travail inépuisable.

L’impératrice se résigne de mauvaise grâce à la séparation.

En cette période de désagrégation matérielle et morale.

Il tenta de l’arracher à son sommeil somnambulique.

Ainsi, l’agitation des grands-ducs, au lieu d’aboutir à une démarche résolue, ne sert qu’à alimenter les propos de salon.

Si le salut ne vient pas d’en haut, la révolution se fera par en bas.

En ces heures de désordre intérieurs et de dangers extérieurs.

Il s’agite dans le vide.

L’instinct de propriété, la rivalité, l’envie sont des sentiments qu’elles ignorent.

Il semble qu’à travers Nicolas II le peuple révolté ait voulu se venger de tous les empereurs qui ont gouverné avant lui la Russie. Victime expiatoire, il a payé pour des siècles de contrainte autocratique et d’inégalités sociales. Il n’y a pas de commune mesure entre son incapacité personnelle et sa fin horrible.

D’autres représentants de la constellation impériale se réfugièrent en Angleterre, en France, au Canada, aux Etats-Unis… pour eux, comme pour des centaines de milliers de Russes disséminés dans le monde, commença le dur apprentissage du dépaysement, de l’humiliation et de la nostalgie. Dans le cœur de tous ces exilés, la Sainte-Russie était morte le jour de l’assassinat de Nicolas II et de sa famille.