
Auteur :
Jean-Paul DOLLE
Genre :
Biographie
Maison d'Edition :
GRASSET
HERACLITE : « La guerre est le père de toutes choses »
Penser comme on fait la guerre, agir toujours à l’horizon de la guerre. Penser pour faire la guerre, faire la guerre du fait même que l’on pense.
Ce désir de fusion dans le tout. Ces sons et ces cris venus du plus loin de la mémoire des peuples nomades, de communauté en marge, d’étendues démesurées, s’accorde à son mouvement perpétuel et à son horreur de toute frontière et de toute clôture.
Transe physiques, communion charnelle et toujours le retranchement d’avec les autres, l’exaltation du vide, l’expérience de la solitude la plus radicale au milieu des compagnons, des frères de combat. Goldman aime les fêtes folles, dionysiaques et immensément tristes, où une chanteuse psalmodie des couplets déchirants qui parlent de l’amour rêvé et impossible, et rend d’autant plus présente l’absence de femmes dans ces lieux où les jeunes hommes désespérés partagent leur désespoir.
Lui, passe frôle plus qu’il n’aborde. Lointain, tout à fait extérieur à cette momerie universitaire, entièrement habité par les préceptes.
Penser libère. Et la philosophie est une action d’arrachement au monde de la répétition. Chaque lundi, Deleuze produit du nouveau, de l’inouï, ce qui n’a pas encore été ouï, et il fait événement.
La société française baigne dans le mensonge le plus total, en même temps qu’elle prétend, avec la plus parfaite hypocrisie, vivre et défendre les valeurs les plus sacrées.
La République patriarcale bourgeoise qui- hormis le très fugace épisode du Front populaire -gouverne la France depuis la chute de Napoléon III agit à l’inverse des principes de liberté, d’égalité et de fraternité qu’elle est supposée mettre en œuvre.
L’université devient pour le pouvoir un maillon faible dans le dispositif de la reproduction de légitimité, et se transforme en terrain d’une lutte acharnée entre les défenseurs de l’ordre ancien et ceux qui veulent s’en affranchir.
Quand Miles Davis, Sonny Rollins, Archie Shepp, l’Art Ensemble de Chicago viennent y jouer, c’est le pouvoir noir qui s’installe, la clameur du ghetto qui enfle et emporte tout sur son passage : « Révolution, Révolution ! ». la harangue de Malcom X pulse sous les formidables coups de poignée de Kenny Clarke. Il tape comme un sourd sur sa batterie, il bat le monde. Mais soudain son déchaînement se change en toucher de balais d’une infinie tendresse, comme si l’aile d’une colombe venait fendre l’air saturé d’électricité.
Le petit-fils d’esclave, dépossédé radicalement de son être puisque forcé d’adhérer à une nation qui le nie dans son essence. Comme Fanon, Goldman pense que seule la violence peut désintoxiquer le colonisé, l’opprimé, et par la même acquérir la valeur de praxis absolue.
Aimé Césaire : « On s’étonne, on s’indigne. On dit comme c’est curieux. Mais bah ! C’est le nazisme, ça passera. Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime on en a été le complice ; que ce nazisme là, on l’a supporté avant de la subir, on l’a absous, on a fermé les yeux là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en en responsable ; et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses rougies, de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne. Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’Hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du 20ème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore (…)
Sa passion pour les mots, son habileté à les assembler, à s’y dissoudre et à les humecter, et les servir croustillants à ses auditeurs enchantés et quelquefois médusés.
Une tristesse pos-coïtum.
L’espace de l’écriture est un espace infini, délivré de la corruption et de la mort.
La souffrance comme prix à payer de la recherche de la vérité et du refus de la servitude.
Il découvre plutôt que l’amour existe dans l’espace de sa déclaration. Rien n’existe avant qu’il ne soit dit. L’amour dit est l’amour fait. C’est pourquoi il peut exister et subsister, sans même que les corps se touchent.
La religion peut être une drogue bienfaisante quand elle calme les douleurs et magnifie l’amour, et conserve l’identité d’un peuple. Bref la religion est vraiment un opium du peuple comme l’avait remarque Marx. Et en ce sens, elle est bonne puisqu’elle donne du plaisir et maintient en vie. Mais quand elle se présente comme vérité, dont il faut honorer les serviteurs, les prêtres, alors elle doit être critiquée, ridiculisée ; injuriée, car elle ment, abuse, exploite, opprime.
Tout est affaire de sexe et de mort. L’écriture, un substitut de jouissance impossible : « j’écrirai quand je ne banderai plus. »
Il aime tout de ces terres tropicales : la chaleur, les gens, la violence des sentiments, la sensualité des femmes, leur manière de faire l’amour en dansant et la musique qui célèbre l’amour et la mort, la passion de ses intellectuels, le courage de ses militants.
Les héros succombent aussi quelquefois et perdent leur vie d’intégrité pour l’amour d’une superbe salope qui les détruit pour toujours.
La mort doit être chantée, car la mort doit être aimée, quand celui qui est mort est mort debout.