L’ETREINTE DU SAMOURAÏ

Auteur :
DOMINIQUE NORA

Genre :
Essai

Maison d'Edition :
CALMANN-LEVY

Il mène l’offensive économique sur le terrain des autres, au nom des valeurs des autres, mais avec des armes qui lui sont propres.

Les occidentaux n’ont toujours pas réussi à démêler ce faisceau de contradictions, qui brouille leur vision du Japon.

L’avenir de Sony est aux mains de son directeur général, Norio Ohga.

Après la guerre, le jeune Ohga, étudiant en musique à Tokyo, utilise les premiers magnétophones à bande japonais, fabriqués par la petite firme Tokyo Tsushin Kogyo, l’ancêtre de Sony. Performance technique extrêmement médiocre, se plaint Ohga dans une lettre adressée aux ingénieurs fondateurs, Masaru Ibuya et Akio Morita. Au lieu de prendre la mouche, Morita recrute immédiatement l’étudiant comme consultant à temps partiel.

Fin 1987, après treize mois de négociation mouvementés, Sony achète la division disques de CBS pour la somme phénoménale de 2 milliards de dollars. Le groupe japonais, qui contrôlait déjà 25% du marché mondial du hardware audio, acquiert ainsi 25% du marché planétaire du solfware musical.

Morita a toujours été partisan de ce qu’il appelle la « localisation globale » : une intégration maximale de la firme à la culture des pays où elle exporte.

Si les Japonais sont connus pour avoir imité les produits occidentaux, d’autres talents spécifiquement nippons ne sont pas assez souvent soulignés. Ils sont notamment passés maîtres dans l’art de détecter les opportunités commerciales, d’adapter leur produit à la demande, de stimuler l’appétit des acheteurs, d’occuper la moindre niche de marché et de concevoir des stratégies industrielles globales, à saute-frontières.

Condamné, de par l’étroitesse de leur pré carré, à s’intéresser tôt au marché étranger, les Japonais ont une vision véritablement globale des affaires.

A Los Angeles, l’apparence est reine, la voiture que l’on conduit vaut une déclaration de revenus.

Le mot « entreprise » n’a pas la même signification dans les deux pays. Les Américains pensent que c’est un moyen de faire l’argent pour les actionnaires, les Japonais pour les employés.

On apprend aux jeunes élèves nippons qu’il est honorable de ne pas s’opposer, le clou qui dépasse appelle le marteau.

Il faut être comme les Japonais : il ne faut pas dire ce qu’on va faire et faire ce qu’on ne dit pas.

Dochakuka : stratégie d’entreprise consistant à se fondre dans le paysage environnant.

Yakuza : gangster de la mafia nipponne.