L’ARAIGNE

Auteur :
HENRI TROYAT

Genre :
Roman

Maison d'Edition :
PLON

Un troc lamentable des corps et des intérêts !

Il était fier de savoir dominer en lui les tentations de cet univers matériel ! Seuls importaient la vie intérieure, l’enrichissement égoïste de la lecture, la réflexion, l’étude. Au-dessus de la mêlée. En marge des passions. Toute sa force venait de son isolement. Il prévoyait avec une acuité paisible ce que les autres, engagés dans leur pauvre lutte, n’eussent discerné que trop tard.

La frénésie des épousailles t’a prise après le mariage de Luce. Tu ne voulais pas être en reste. Il te fallait un homme !

Laisse cette escrime verbale pour tes palabres avec Lequesne.

Elle possédait au plus haut point cette faculté féminine de dire à n’importe qui, n’importe quoi, sur n’importe quel sujet.

La poésie faisait fleurir aux lèvres des amants des paroles qu’ils n’eussent jamais prononcées, la musique exaltait la trouble montée de sève qui les soudait l’un à l’autre.

Le souvenir de leur rut et de leur odeur dans le drap.

Une lucidité excessive lui défendait le plaisir des sens.

Une gamine végète au plus touffu de la famille, innocente, ignorée, épargnée de tout et de tous, mais il suffit que ses traits s’allongent, que sa taille se hausse, que s’enfle un peu son corsage, et déjà les hommes s’occupent d’elle, rôdent autour d’elle, reconnaissent en elle une bête à leur goût, l’appellent dans leur enclos, la pourchassent, l’atteignent…

 

C’est de propos arrêté qu’elle refuse de le voir dans sa laideur et dans son mensonge. Elle veut aimer, vite, n’importe qui, pour n’importe quoi.

 

Le monde est grotesque, muant, méchant jusqu’à la nausée.

 

Quelque vague étudiant boutonneux et prétentieux, qui l’éblouissait par des phrases apprises dans les livres d’art.

Lui-même voudrait presque être semblable aux autres, avoir dans sa chair des faims soudaines, quêter de faciles caresses, s’abîmer, s’étourdir dans la joie primitive de la possession.

Les femmes suffisent à calmer ses inquiétudes d’un instant. Il n’accepte une souffrance que dans la mesure où il sait en détenir le remède.

Le gosse était une barrière de plus entre elle et son frère. Avec cette naissance, le dernier lien, si tenu déjà, qui les unissait l’un à l’autre venait de se rompre. On peut reprendre une femme à son mari. On ne peut pas la reprendre à son enfant.

Elles me tombent dessus comme sur un solde après inventaire.

Prends la vie comme elle vient, l’argent pour ce qu’il vaut, les gens pour ce qu’ils sont.

La vie ne s’obtient pas ; elle s’accepte.