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FRANÇOISE CHADERNAGOR
LA SANS PAREILLE
EDITION LIVRE DE FALLOIS
Elle était d’une nature à placer du sentiment là où Béa ne mettait que la technique.
Mon père, qui dissimulait jusqu’au petit détail de sa vie et de sa pensée, commençait une phrase sur quatre par « pour tout vous dire », ou « je ne vous cacherai pas que… », rite diplomatique destiné à endormir la méfiance de son interlocuteur pour mieux l’envelopper dans un rideau de fumée.
Elle se jeta dans un discours si débordant de sollicitude que je crus voir les diamants et les roses tomber de ses lèvres décolorées.
Ces cadres dynamiques pressés de me montrer leur savoir-vivre-à-table et leur savoir faire-au-lit.
Celui qui se cherche se perdra. En ne cherchant que Dieu, je me suis trouvé… A présent que nos pères sont morts et nos miroirs brisés, qui nous dira ce que nous sommes ? Héritiers sans mémoire, visages sans miroirs, qui nous réfléchira avant que nous ne nous effacions ?
Les hommes ont la manie de réduire à la mécanique ce qui devrait s’élever à la poésie.
Pour toi mon chou, je déborde d’indulgence, de tendresse, de désir, de faiblesse.
Avec son ignorance encyclopédique et sa bienveillance bornée cette femme ne voit pas plus loin que le bout de son nez.
En économie, il n’y a pas trente-six solution, il n’y en a qu’une : il faut prendre l’argent où il est. Dans la poche des pauvres. Ils en ont peu, mais ils sont si nombreux !
Si j’ai plusieurs âmes, je n’ai qu’un corps ; c’est lui que je rejoins dans la danse.
Les chagrins des enfants ne devrait être que le chagrin des enfants ; quand leur peine passe leur compétences, ils se taisent, moins par indifférence que par manque de vocabulaire.
Le luxe des palais, le vertige des sommets, l’odeur du pouvoir.
Un caméléon, ça ne trompe pas volontairement : ça se fond…
Ce règne de la mort où il n’y a ni présent, ni passé, où les temps ont cessé de s’accorder et s’enfuient, dérisoires et dissonants, dans le désordre du néant.
Sitôt que nous rencontrons un visage souriant, un amour surprenant, la lucidité à la quelle nous sommes exercé nous porte à nous défier de l’illusion de bonheur qui nous embrase.
J’aime les grands esprits, hardi, novateur, ou même franchement choquant, pourvu qu’il soit marquant.
Ces épitaphes rongées par la mousse, ces scènes d’adieux, ces chagrins gravés que le temps a effacés.
On change d’amant comme de chemise et de chemise comme d’opinion.
Ces jeunes de bonne naissance qui s’acharnent à exister par eux-mêmes, en marge de leur patrimoine et des traditions de leur maison, m’ont toujours touchée.
Les puissances bâties à sang et à cendres.
D’un dévouement sans limite au patronat qui l’exploitait, Germaine m’aima comme on aime une jeune parente et une patronne inexpérimentée.
J’avais fait cet enfant, non pour déverser sur lui un trop plein d’amour inemployé, mais pour me rassurer sur ma capacité à procréer.
Les délires de l’esprit, comme les plaisirs du corps, ne sont guère communicables aux tiers. A moins d’être poète…
La seule chose nouvelle en amour, c’est l’homme. Encore sa nouveauté s’use-t-elle vite et convient-t-il d’en changer souvent… Or, si mon mari, en gymnaste appliqué, renouvelait volontiers ses pratiques, il renouvelait peu sa personne.
S’il torture Chopin, c’est pour mieux le faire parler.
Ce monde où la cécité des uns rencontrait à point nommé la surdité des autres était admirablement fait.
N’ayant regardé le monde que pour lui et regardé que lui dans le monde, elle mourait comme elle avait vécu : aveuglée.
Ce qui compte en politique, ce n’est pas ce qu’on est mais ce que les autres croient qu’on est.
Trop transportée par l’action pour donner du temps à la réflexion et trop submergée par l’événement pour en prendre la dimension.
Joueuse sans se soucier de l’enjeu.