
Auteur :
BERNARD-HENRI LEVY
Genre :
Essai
Maison d'Edition :
GRASSET
Une préhistoire toujours vivante.
Sans qu’une signification ultime les transcende.
Des guerres des confins, déconnectées des centres nerveux de la planète et sans véritable influence sur les tendances lourdes qui la portent.
On est confronté au très classique écart entre une idée régulatrice et une réalité concrète qui tarde à s’y ajuster.
Dieu écrit droit avec des lignes courbes ; on croit qu’il nous égare, que le sens s’est perdu en route : mais non ; cela est dans l’ordre.
L’aventure humaine ne connaîtra jamais de trêve ni de terme.
Cet océan de plus, de larmes et de sang qu’est la chronique de la douleur humaine.
Au commencement est la pureté. Le fantasme d’une pureté dont je répète est, en grande partie, l’intériorisation du discours colonial. A partir de quoi la machine à purger, épurer, c’est-à-dire exterminer, va pouvoir accomplir sa besogne.
Le Coran n’est pas seulement un livre unique : c’est aussi un livre parfait, impeccable bloc texte où il est, non seulement erroné, mais vain d’introduire le moindre tremblé ; et c’est pour l’avoir oublié, c’est pour n’avoir pas compris que la lettre coranique est inaliénable que tant d’intellectuels, qui ne sont ni Salman Rushdie, ni Taslima Nasreen, sont menacés de mort, ou exécutés.
Ils introduisent le trouble, dans l’unité de la foi.
Propriété, unicité, inaltérabilité, intemporalité, limpidité : ce sont les mots de la pureté ; et c’est bien chaque fois, au nom de cette pureté qu’au terme d’une traque obscure, et d’une interminable terreur, on finit par exécuter un homme dont le seul crime est de penser.
Une obsession de la pureté qui, avant de sortir les fusils, commence par interdire le rire, le port de la cravate, les applaudissements dans les meetings ou le serrement de main, au motif que ce sont des gestes occidentaux, donc toxiques impurs.
C’est leur étonnement qui étonne.
La pureté des mystiques et des saints, celle dont les églises tiennent à nous dire qu’elle est, plus que jamais, l’affaire de chaque âme : dialogue entre soi et soi ; commerce entre soi et Dieu ; et commerce difficile, terriblement ardu, dont très peu d’hommes, nous prévient-on, peuvent soutenir l’ascèse et auquel il est recommandé de ne se livrer que dans l’enclos d’un monastère, soigneusement retranché du siècle.
Ces racines qui poussent à l’intérieur des têtes et qui, tant que l’on n’a pas su, ni voulu, les éradiquer, reproduisent à l’infini leurs fleurs maléfiques.
L’humanitaire est une médecine douce dont l’objectif ne sera pas d’arrêter les assassins, mais de soulager leurs victimes, parfois de les relever et de leur permettre de mourir le ventre plein.
On ne sait jamais à quel point on est haï de son voisin.
Une mémoire dont chaque communauté s’approprierait un lambeau.
Ils se recoupent, se rejoignent et s’articulent.
Que nul n’entre ici, disait Baudelaire, s’il ne croit au Péché originel.
Que nul n’entre ici, répondait Hugo, s’il ne croit au Progrès infini de l’espèce.
Il y a une politique baudelairienne dont la thèse centrale pourrait être : le monde est incurable.