JOURNAL DU SÉDUCTEUR

Auteur :
SOEREN KIERKERGAARD

Genre :
Essai

Maison d'Edition :
GALLIMARD

Il possédait un peu d’exacerbatio cerebri pour lequel la réalité ne disposait pas de stimulant assez fort, sinon fugitif.

Les individus n’ont été pour lui que des stimulants, il les rejetait loin de lui comme les arbres laissent tomber les feuilles, lui se rajeunissait, le feuillage se fanait.

Il était un instrument incomparable, toujours vibrant et avec une envergure qu’aucun instrument ne connait ; il était la somme de tous les sentiments, de tous les états d’âme, aucune pensée n’était trop élevée pour lui, ni trop désespérée, il pouvait mugir comme une tempête d’automne, il pouvait chuchoter d’une manière imperceptible.

L’auteur de mon malheur, le tombeau de ma joie, l’abime de mon infortune.

Tu as eu l’audace de tromper un être de telle façon que tu es devenu tout pour cet être.

Je suis à toi, je suis tienne, ta malédiction.

N’y a-t-il pas beaucoup de gens qui sont faits, qui ne possédant rien sauf au moment où ils le montrent aux autres, qui ne saisissent que l’apparence aux autres et non pas la substance.

Il faut jouir à long trait.

Je suis à tous égards à votre service.

Il faut voiler les désirs.

Troublé par pur amour, il est pris de delirum tremens.

Excusez mon audace, belle Mademoiselle, vous cherchez sans doute votre famille ici, vous m’avez plusieurs fois dépassé rapidement, et en vous suivant des yeux, j’ai remarqué que vous vous êtes toujours arrêtée dans l’avant dernière salle.

Lorsqu’une jeune fille est saisie d’émotion on peut utilement risquer bien des choses qui autrement ne réussiraient pas.

Sa nature est mélancolie et harmonie dans la douleur.

C’est toujours parmi les jeunes filles que je cherche ma proie et non parmi les jeunes femmes.

Au-dessus de moi le ciel de l’espérance s’élève en voûte.

Toi que j’aime de tout mon âme sympathisante, toi à l’image de laquelle je me crée moi-même, pourquoi n’apparais-tu pas. Je te provoque au combat, pourquoi ne te montres-tu pas ? Je t’attends.

Ce dernier point a une très grande importance comme renseignement pour tous les prétendants pondérés et posés, auxquels ne viendrait jamais l’idée de s’amouracher d’une jeune fille déjà fiancée.

J’aime son luxe, sa surabondance sans prix de jeunesse et de beauté.

Le soleil avait perdu sa force, il n’en restait plus que le souvenir dans une douce lueur qui se répandait sur le paysage.

Une fille ne se développe pas dans ce sens comme un garçon, elle ne croit pas, elle nait. Un garçon commence immédiatement à se développer et y met beaucoup de temps, une fille nait pendant longtemps et nait femme faite, mais l’instant de cette naissance arrive tard.

Il n’est pas du tout difficile de séduire une jeune fille, mais d’en trouver une qui vaille la peine d’être séduite.

Je le la rencontre pas, je ne fais que toucher la périphérie de son existence.

D’abord il faut que je la connaisse dans toute sa vie spirituelle avant de commencer mon attaque.

Dans un viol la jouissance n’est qu’imaginaire, elle est, comme un baiser dérobé, quelque chose qui ne vaut rien. Non si on peut obtenir d’une jeune fille qu’elle n’ait qu’une seule mission pour la liberté, celle de s’abandonner, qu’elle reconnaisse dans cet abandon son suprême bonheur, et qu’elle l’obtienne presque à force d’instance, tout en restant libre, c’est alors seulement qu’on peut parler de jouissance, et pour y arriver l’influence spirituelle est toujours nécessaire.

La patience est une vertu précieuse et rira bien qui rira le dernier.

S’introduire comme un rêve dans l’esprit d’une jeune fille est un art, en sortir est un chef-d’œuvre.

Il est plus naturel pour le cœur de s’exprimer par écrit que par vive voix.

Parmi les choses ridicules les fiançailles remportent le prix. Le mariage au moins a un sens. Bien que ce soit un sens peu commode.

Ce n’est que lorsqu’on est artiste soi-même qu’on acquiert le droit de juger les autres artistes.

L’amour cesse s’il n’y a pas de lutte.

Je la possède légitimement, et pourtant je ne suis pas en possession d’elle, de même qu’on peut bien être en possession d’une jeune fille sans la posséder légitimement.

Toute rencontre demande souvent de longs préparatifs.

Je ne recherche pas d’histoire, je recherche l’immédiateté.

La nature féminine est un abandon sous forme de résistance.

L’amour est trop substantiel pour se suffire de bavardage, et les situations érotiques sont trop graves pour en être remplies.