
Auteur :
AUGUST VON KAGENECK
Genre :
Biographie
Maison d'Edition :
PERRIN
L’Allemagne était à l’heure zéro. Vaincue, ruinée, humiliée. En juin 1919, la délégation allemande à Versailles avait dû signer le traité de paix dont on ne réaliserait qu’à retardement toute la signification : à chaque paragraphe de ce honteux papier on aurait pu hurler de rage. Inadmissible, inacceptable. Le peuple tout entier, des ouvriers spartakistes aux hobereaux terriens en passant par les intellectuels et les artistes s’était dressé contre ce « diktat » derrière lequel on devinait la main de la France.
Le traité de Versailles autorisait à l’Allemagne une toute petite armée dont l’équipement armée se limitait à des mitrailleuses et des canons de petit calibre.
Les produits étaient commercialisés et contribuaient à assurer à tous un standing convenable et conforme au rang social.
Instinctivement, il rejetait cet homme venu de nulle part dont les origines se perdaient dans le magma de l’empire multinational et multiculturel des Habsbourg.
Ce programme était annoncé par un homme qui possédait un incroyable et inexplicable charisme, un pouvoir de séduction, un grand talent de tribun et un don d’enthousiasmer les foules par des phrases incendiaires. Certes, il ne séduisait pas tout le monde. Mais, m^me les intellectuels lui reconnaissaient une intelligence intuitive, capable d’expliquer des choses compliquées avec des phrases intelligibles et compréhensibles par les plus humbles, et cette approbation contribuait à les neutraliser.
Les réparations, les « dettes » d’une guerre qu’on « n’avait pas perdue », pesaient de plus en plus lourdement sur la conscience des gens et sur le budget de la nation. Ce qui rendait leur poids plus insupportables encore, c’était le gouvernement même du chancelier Brüning. Ce courageux homme du centre qui, dernier chef du gouvernement de la République weimarienne, démocratiquement installé, tentait désespérément de sauver le régime en s’appuyant sur les sociaux-démocrates. Mais il pratiquait une politique de dumping ruineuse pour montrer aux alliés à quel point la folie de leurs exigences poussait les allemands au désespoir. Il ouvrait la porte à l’importation de viande de porc polonaise et de veau irlandais, cassant les prix et poussant les agriculteurs, jusqu’alors plutôt favorables aux partis modérés, dans les bras des extrémistes.
Il fallait l’unir, la couler dans un moule et en faire sortir l’acier avec lequel on forgerait les guerriers de demain.
Sa douce résistance était animée d’une force intérieure hautement cultivée, d’une force capable de remuer des montagnes avec de la bonté.
L’humanité ne vivra jamais en paix aussi longtemps que nous ne surmonterons pas la sauvagerie naturelle qui nous habite tous et nous pousse à tuer toutes les créatures, grandes et petites, nous projette dans des querelles, des guerres et, peut-être, un jour, dans notre propre destruction.
Une lointaine, brève et non concluante rencontre.
GLOIRE, ACCLAMATIONS ET LAURIERS sont l’apanage du vainqueur. Ce monument de pierre, pourtant, a été érigé avec les larmes des mères.