
Auteur :
ROBERT SABATIER
Genre :
Roman
Maison d'Edition :
ALBIN MICHEL
Rien n’avait été facile. Tout avait été conquis à la force du poignet.
Les bonnes parlaient de tout et de rien, jetant des phrases à sous-entendus sans qu’il y eût une conversation suivie.
Il remua des idées confuses et se sentit tellement ignorant, tellement « rien du tout » que la tristesse le gagna.
Le piano racontait des choses tristes, à peine exprimées, et il se sentit tout remué.
La musique appelait des images floues. Dans une brume, il revoyait la mercerie et c’était comme si sa mère l’appelait à travers la musique. Les notes limpides l’oppressaient et le délivraient en même temps.
Verba volant.
Cela faisait libre cours à toutes les suppositions et, la tante lui jetait un regard lourd de suspicion.
Sa bouche paraissait toujours prête à la moquerie.
Tout argent doit se gagner.
Elle avait le respect de l’argent, celui des gens qui n’en ont pas toujours eu. Derrière elle se profilait encore l’ombre des jours difficiles.
L’éloquence gesticulaire remplaçait l’éloquence verbale.
Une force inconnue le poussait à marcher, à chercher quelque chose d’ignoré et qui, sans doute, se trouvait au fond de lui-même. Peut-être aussi cherchait-il sa rue sans oser s’y rendre.
Une nuit, il en rêva et se réveilla couvert de sueur. Dans son sommeil, des doigts accusateurs s’étaient tendus vers lui.
Tu vas t’enfermer dans ta chambre et méditer sur ton acte. Défense à tous de lui parler : cet indélicat est en quarantaine. Allez, dehors ! En attendant que je prenne une décision, à l’eau et au pain sec.
Des êtres défilèrent dans sa pensée. Ils venaient, en désordre, jetaient des bribes de phrases, lui souriaient ou lui tapaient sur l’épaule avant de repartir comme des marionnettes.
La paresse mène à tout ! L’oisiveté est la mère de tous les vices !
Devant des boutiques, des couloirs étriqués, se tenaient des femmes alignées, collant à la lèpre des murs, dans une odeur de moisi et de parfums bon marché, guettant leurs proies comme des araignées au coin de leurs toiles.
Les filles, violemment fardées, jupes plissées en satinette noire serrées à la taille et s’évasant sur les cuisses, corsages moulants en rayonne, cachaient leur fatigue ou leur dégoût derrière des poses alanguies.