
Auteur :
MAUPASSANT
Genre :
Maison d'Edition :
FOLIO
On n’a vraiment peur que de ce qu’on ne connait pas.
On regarde le torrent mais on ne cherche pas à savoir d’où il vent et où il va.
Une famille provinciale enfouie dans sa graisse, anéantie dans le quotidien, et dont la seule distraction, en dehors de la ponte des enfants, est de martyriser un grand-père gâteux.
Naufrage intellectuel du riche et naufrage social du pauvre.
Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui : « Amuse-toi » Il s’amuse. On lui dit : « va te battre avec le voisin ». il va se battre.
En ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.
Nous, avons des âmes de Singes, nous autres femmes. On m’a affirmé du reste que le cerveau du singe ressemblait beaucoup au nôtre. Il faut toujours que nous imitions quelqu’un.
Je me sentais saisi d’une pitié profonde, mêlée d’un vague mépris, pour ce reproducteur orgueilleux et naïf qui passait ses nuits à faire des enfants entre deux sommes, dans sa maison de province, comme un lapin dans une cage.
Une de ces dames sans âge, sans élégance, sans esprit, sans rien de qui constitue une femme. C’était une mère, enfin, une grosse mère banale, la pondeuse, la poulinière humaine, la machine de chair qui procrée sans autre préoccupation dans l’âme que ses enfants et son livre de cuisine.
Un vagabond sans feu ni lieu, arrêté en état de mendicité et de vagabondage.
Ils se dévisageaient tous les deux avec une haine de bêtes appartenant à des races ennemies.
Un instinct plutôt qu’une peur, l’instinct de prudence qui guide et rend perspicaces tous les êtres en danger.
Il était ivre, il était fou, soulevé par une autre rage plus dévorante que la faim, enfiévré par l’alcool, par l’irrésistible furie d’un homme qui manque de tout, depuis deux mois, et est jeune, ardent, brûlé par tous les appétits que la nature a semés dans la chaire vigoureuse des mâles.
Le travail mécanique, épuisant, dégradant auquel condamne la pauvreté.
L’oisiveté, mère de tous les naufrages.
La voilà cette bourgeoise charnue et cossue, déformée par la paresse et le luxe et prédestinée à mourir de poltronnerie, quand ce n’est de gras fondu.
Le récit expose un problème historiquement capital, bien qu’aujourd’hui un peu dépassé (on n’est plus servi) : celui du rapport sexuel entre le maitre et l’esclave. Depuis que le monde est monde, depuis Rome et Byzance et bien que Proust, qui était orfèvre en la matière, se soit montré d’une remarquable discrétion sur ce point, il parait évident que le cas n’est pas isolé de femme du monde entretenant des relations intimes avec leurs domestiques : c’est ce que l’on peut soupçonner de l’Arsinoé de Molière, c’est que disent les héroïnes de Sade. Les hommes n’étaient d’ailleurs pas en reste, qu’il s’agisse du valet de chambre ou, dans une perspective plus classique, de la petite bonne rituellement culbutée à l’étage des mansardes par le collégien boutonneux ou le quadragénaire un peu trop sanguin.
Comme l’a bien vu Maupassant, le problème a connu une dimension nouvelle, qui dépasse largement la catégorie des domestiques, depuis que s’est répandu l’usage des vacances. Les vacances entrainent l’absence fréquente des maris et, à la faveur de la rapide familiarité qui naît dans le désœuvrement des villes, l’apparition d’une nouvelle série de tentations et tentateurs : le gigolo genre Colette, le maître-nageur, le professeur de tennis ou de tango, les rodeurs galants des stations à la mode. Reste le cas limite : celui de l’épouse bouclée dans un trou de campagne par un mari particulièrement méfiant. La seule solution est alors le valet de chambre ou le fils du fermier.