VAROUNA

Auteur :
JULIEN GREEN

Genre :
Roman

Maison d'Edition :
FAYARD

Une vie humaine paraît presque toujours incomplète. Elle est comme un fragment isolé dans un long message dont elle ne nous livre qu’une faible partie, souvent indéchiffrable.

 

Le groupe se réincarne dans l’individu. L’ors qu’un enfant naît sur la terre, ce n’est pas un seul être, mais des milliers d’êtres qui renaissent en lui avec leurs espoirs inapaisés, leurs convoitises, leur inquiétude, et l’éternelle brûlure de l’amour. Ce que nous trouvons, nous le trouvons parce que d’autres l’ont cherché avant nous, pour nous, et il est inutile d’avoir recours à l’ésotérisme pour expliquer ce qui n’est au fond qu’un aspect de la solidarité humaine.

 

Vivants et morts, nous payons les uns pour les autres, et si l’égoïsme nous porte à nous retrancher en nous-mêmes, notre vie ne s’éclaire, cependant, qu’unie à celle qui la précèdent et à celles qui la suivent, comme les mots d’une longue phrase dont le sens général n’est connu que de Dieu.

 

Tous les animaux parlent. Si les hommes ne les entendent pas, c’est qu’ils sont trop durs de cœur.

 

Il leur fit une grimace propre à nourrir les cauchemars de toute une vie.

 

Je veux vous revaloir vos bons offices.

 

Il déroula d’une pièce la trame de sa vie entière.

 

La dame n’est ni mauvaise ni bonne, mais plutôt mauvaise que bonne, et sujette à de folles colères.

 

Sur son visage se lisait la fierté triste de celles qu’on ne regarde plus, mais qui furent belles dans leurs jeunes ans.

 

Marguerite se consumait d’un vain amour pour son beau-frère.

 

La lumière se fait dans le cerveau de cette enfant. Fillette, les dieux te protègent, qui te permettent d’entrevoir le grand secret de la vie humaine, mais n’en dis mot à personne, si tu ne veux que la flamme qui s’allume dans ton intelligence ne s’éteigne au vent rude et puissant de la superstition.

 

Vous apprendrez assez tôt que cette vie est rebutante et fastidieuse, et qu’elle serait intolérable sans le secours de la religion qui nous guide à travers une vallée de larmes.

 

Toute vie humaine gravite nécessairement vers le désespoir et les heures les plus douces ne sont que chemins fleuris conduisant à la destruction. Pourquoi cette joie, puisqu’on nous l’enlève ? Que me sert d’avoir été heureux si je ne puis plus l’être ? Un homme qui meurt de soif se rafraîchira-t-il au souvenir d’une eau qu’il a bue jadis ?

 

Nous mourons trois fois : la première, dans notre chair ; la seconde, dans le cœur de ceux qui nous survivent, et la troisième, dans leur mémoire, qui est notre dernier tombeau, et le plus glacial.

 

Elle ressemblait à ces fleurs qui tirent leur perfection de la splendeur d’un rayon de soleil et qui, rentrées dans l’ombre, ne se remarquent plus.

 

Son regard est à lui seul un discours.

 

Je n’aime pas broder sur le canevas d’autrui.

 

Ma vie est un mensonge. J’ai la victoire dans les yeux et la défaite dans le cœur.

 

Nous ne comprenons rien à cette vie, parce qu’il y a quelque chose de faussé dans la création.

 

Le courage n’empêche pas de souffrir, il permet tout au plus de ne rien laisser paraître de ce qui ravage le cœur.

 

Une douceur de bête sauvage dont on ne parvient pas à démêler l’intention.

 

L’humanité tient à l’aise dans le cerveau d’un seul être, parce que chacun de nous est à lui seul l’humanité entière.

 

Une âme enivrée de tristesse.

 

Ecrire un roman, quelle aventure ! On ne peut jamais savoir où cela peut nous mener et j’ai l’impression que le fait d’écrire un roman est en soi un roman dont le héro est l’auteur.