
Auteur :
FREDERIC BEIGBEDER
Genre :
Roman
Maison d'Edition :
GRASSET
Le climat avait tourné à l’angoisse planétaire.
Elle passe du désespoir intégral à la félicité ultime en un clin d’œil.
Les drames du monde extérieur venaient d’exercer leur droit d’ingérence dans ma vie.
Nous sommes lourds du poids des siècles.
La guerre s’est déplacée. Le champ de bataille est médiatique : dans un nouveau conflit, le Bien et le Mal sont difficiles à départager. Difficile de savoir qui sont les Bons et les méchants. Ils changent de camp quand on change de chaîne. La télévision rend le monde jaloux. Avant, les pauvres, les colonisés, les opprimés ne contemplaient pas la richesse tous les soirs sur un écran, dans les bidonvilles. Ils ignoraient que certains pays possédaient tout tandis qu’eux ramaient pour rien.
Partout dans le monde, aujourd’hui, des pays sales balancent entre l’admiration et le rejet, la fascination et le dégoût envers les pays propres, dont ils captent le mode de vie par satellite sur des décodeurs pirates, avec un presse-purée en guise d’antenne parabolique. Ce phénomène est récent : on l’appelle la mondialisation mais son vrai nom est télévision. La mondialisation est économique, cinématographique et publicitaire, mais le reste ne suit pas : ni politique, ni social.
Le play boy international est célibataire parce qu’il refuse toutes attaches. Il change de nationalité toutes les semaines. Il vit seul et meurt seul. Il n’a pas d’amis, que des relations mondaines et professionnelles. Il parle le franglais. Quand il sort, c’est pour chasser la bimbo (en français : « la pétasse »). Au début, quand il est riche et beau, il séduit des femmes superficielles. Plus tard, quand il est moins riche et moins beau, il paiera les prostitués pour l’accompagner, ou se masturbera devant des films pornographiques. Il ne cherche jamais l’amour mais la jouissance.
Si Dieu est mort, alors tout l’univers est un bordel, et il faut juste en profiter jusqu’à en crever. Si l’individu est roi, alors l’égoïsme est notre unique horizon. Et si la seule autorité n’est plus le père, alors, dans la démocratie, la seule limite à la violence, c’est la police.
Sous les dehors fringants, des hommes infirmes. Sans mémoire, sans projet. Ils veulent ressembler à leur père mais en même temps ne veulent surtout pas ressembler à leur père.
Le roman est un miroir sans tain, derrière lequel je me cache pour voir sans être vu.
L’Amérique vient de découvrir le doute. Ils n’ont pas connu René Descartes. Ils n’avaient pas fait l’expérience du Doute.
Je suis la vivante incarnation de la superficialité jet-set, de la contradiction entriste, de la pourriture médiatique et de la vacuité hautaine. Je me demande comment elle va survivre au World Trade Center : pourra-t-elle grandir sur les décombre fumantes du confort matériel ? Que va-t-elle reconstruire à la place ? De quoi seront faits ses rêves, à part d’acier fondu et de tripes calcinés ? Comment bâtir sur les ruines de ma génération ?