
Auteur :
ÉLISABETH BARBIER
Genre :
Roman
Maison d'Edition :
JULLIARD
Partout elle se cognait au vide laissé par l’absent. Il était « ses yeux et sa vie », la laissant incomplète et déchirée.
Il vint à elle en trois enjambées, se courba sur la main qu’elle lui tendait et, sitôt redressé, fonça tout de go au cœur de son sujet.
De cette fille de bonne maison, vigoureuse et fraîche, taillée pour la maternité, il escomptait une descendance solide à laquelle cette alliance assurerait plus tard une place de droit dans la caste arrogante et fermée que constituait la bourgeoisie terrienne des la région.
Mais ce parvenu, s’il était hors de question qu’on ne pût jamais le considérer comme un homme de flatteuse compagnie, ou comme un prétendant de galant commerce, pouvait à tout le moins tirer du célibat une demoiselle qui s’y morfondait, et remettre en état le toit familial qui menaçait ruine.
Jeunesse, cette merveilleuse source d’eau claire qui fuit si vite entre les doigts.
Vous ne pouvez pas exiger que je m’offre en pâture aux commérages, à l’animosité des gens.
Mais cette demeure dans la joie comme dans la colère ou la tendresse heurtait constance habituée à l’extrême correction de manières et de langage.
« Laissez les morts ensevelir les morts », a dit Notre-Seigneur. Il faut accepter d’un cœur simple. Et continuer pour ceux qui restent.
La demoiselle est très jolie, très gaie, très gracieuse, très ceci et cela. Bref, il en est coiffé, et il la veut.
Discuter ce point malaisément discutable eût été de mauvaise politique.
Maintenant que la première explosion de douleur était passée, elle avait acquis cette sorte de paix grise de ceux qui n’ont plus à se tourmenter de rien, désormais, parce que le pire leur est advenu.
Elle offrait à son interlocuteur une image désolante de fragilité et de courage intraitable.
Mais Dieu a son éternité et que sait-il du temps misérable des hommes ?
Nul ne fait jamais rien d’autre qu’attendre, ici-bas. Mais peu de gens en ont conscience.
Seuls meurent véritablement ceux qui cessent d’habiter le coeur des vivants, ceux que la tendresse des leurs abandonne.
La partie est toujours jouée d’avance. Toute la vie qu’il faut continuer de vivre ne sert à rien sinon à vous l’apprendre.
Cette autorité tranquille qui n’avait besoin de recourir à l’insolence pour s’imposer.
Sa mère le contemplait, fondante d’indulgence, telle une chatte se jouant avec son petit à coup de patte.
Ils demeurèrent unis dans un silence qui rendait toute parole superflue.
La voilà qui s’en ira passer sa vie, seule le plus souvent, dans la maison de Bargegal, pour un air de bonté qu’elle a déchiffré, un jour, dans le regard d’un inconnu.
Il viendrait, un jour, et la rendrait aveugle et sourde au reste de l’univers.
Lancer un feu d’artifice de jolis rires, afin de ramener à elles l’attention de leurs cavaliers.
Un voile de tulle posait une ombre immatérielle sur ses traits lisses, miraculeusement rajeunis. Soudain, on s’apercevait qu’elle avait été jolie.
Tante Lucie, façonnière, bavarde, cordiale et encombrante, avait disparu avec ses manies, ses exclamations. Ceux qui l’avaient aimée pouvaient brûler de regrets et de larmes.
Maintenant, c’était la dernière et l’on arriverait toujours assez tôt, pour voir se dérouler ces assommantes cérémonies funèbres.
Elle appréciait les actes et dédaignait les intentions.