L’ALLEE DU ROI

Auteur :
FRANCOISE CHANDERNAGOR

Genre :
Biographie, HISTOIRE

Maison d'Edition :
JULLIARD

Je meurs de sécheresse plus que de vieillesse.

Celui que je cherchais se dérobe à mon attente et me laisse à mon désert.

Un bâtiment mal entretenu et malsain dont l’exiguïté condamnait les prisonniers à une promiscuité choquante.

Il n’eut jamais sa place dans une âme que le malheur avait rétrécie.

Ma mère se consumait dans une vie de privations.

Elle éprouva pour lui, dans les commencements de leur commerce, une passion vive et un aveuglement qui me semblent difficiles à concevoir.

Il avait troussé tant de jupons et détroussé tant de cadavres que le lustre de son nom passait les bornes de sa province.

On obtenait tout de moi par le raisonnement et la douceur mais je n’étais pas naturellement docile et ma nature comportait un fond de rébellion que l’usage de la force réveillait.

Je vis, sans tristesse, s’éloigner Madame d’Aubigné, n’ayant reçu d’elle, à défaut d’un baiser d’adieu vainement attendu, que l’ultime conseil de me conduire dans cette vie « comme craignant tout des hommes et espérant tout de Dieu ».

J’avais appris à m’attendre à tout, sauf à être heureuse, je n’espérais plus ce bonheur paisible qui fait le repos du corps et la sérénité de l’âme.

Il valait mieux être estimé comme ami que mal traité comme amant.

Je suis au désespoir que toutes les déclarations d’amour se ressemblent et qu’il y ait quelquefois tant de différence dans les sentiments. Je sens bien que je vous aime plus que tout le monde n’a accoutumé d’aimer, et je ne saurais vous le dire que comme tout le monde le dit.

Si surpris que je le sois moi-même et que vous puissiez l’être, je vous aime. Je vous aime du premier jour que je vous vis et je vous aimerai jusqu’au dernier instant de ma vie. Cette fierté, qui me charme tant en vous, me fait pourtant redouter de n’être point entendu.

Croyez que puisque je vous aime si fort, n’étant point aimé de vous, je vous adorerais si vous m’obligiez à avoir de la reconnaissance.

Le futur cardinal d’Estrées, alors de l’Académie, faisait ainsi à chaque instant des choses nouvelles pour moi qui, sans toucher mon cœur, plaisait à mon esprit.

Le monde s’attache tant aux apparences que quelques règles exactement suivies suffisent à tromper le plus grand nombre.

La connaissance, fut-elle celle du vice, est toujours préférable à l’ignorance, quand même celle-ci serait un effet de pureté.

Vaut mieux être l’ami d’une femme forte que l’amant d’une femme faible.

Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es ; ces palis, au fond, n’étaient que trop semblables à l’âme de ceux qui les habitaient : de brillantes dorures au-dehors, mais l’ombre et la pourriture par-dessous.

Il est inutile de vouloir enseigner les nuances à un aveugle.

S’il faut haïr le mensonge, il est permis, et parfois même recommandé, d’aimer le mystère, l’ombre des demi-confidences.

Je n’eusse pas su répondre à une question directe autrement que par la franchise, mais l’art est de faire en sorte que cette question ne soit jamais posée et que, même, elle n’effleure l’esprit de personne.

Ne point donner prise au soupçon en un endroit où le bavardage fait l’essentiel des conversations.

L’imposture aussi a ses plaisirs. Outre la complicité qu’elle met entre les deux amants, il y a, une singulière félicité dans l’idée qu’on trompe, dans la pensée qu’on est seul à le savoir soi-même, qu’on joue à la société une comédie qui la dupe et dont on se rembourse les frais de mise en scène par toutes les voluptés du mépris.

Car vous pécherez. On n’arrive jamais au sommet en même état qu’on était parti. Il faut se couler dans toutes les situations, être souple, être prompt, changer, sitôt que nécessaire, ses façons, ses liaisons, son passé m^me, enfin, vendre, tôt ou tard, quelques part de son âme.

Ambitieuse, soyez, j’y consens, infidèle à vos amis, vos amants, vos principes ; je vous conjure seulement de n’être pas infidèle à vous-même : respectez l’idée que vous avez de votre personnage et que vos appétits de mauvaise gloire, si vous ne les pouvez vaincre, ne chassent pas tout à fait le désir que vous aurez de la bonne. Gardez-vous surtout d’aller trop loin dans cet abaissement qui, pour les ambitieux de petite naissance, prélude nécessairement à la conquête de la faveur. Baissez les yeux peut-être, mais levez la tête.

C’est par le travail qu’on règne, il y aurait de l’ingratitude à l’égard de Dieu et de la tyrannie à l’égard des hommes à vouloir le pouvoir sans la peine. Le métier de roi n’est pas exempt de peines, de fatigues et d’inquiétudes.

Je n’ai pas voulu laisser passer la matinée sans vous assurer d’une vérité qui me plait trop pour me lasser de vous la dire : c’est que je ne puis exprimer ; et qu’enfin, quelque amitié que vous ayez pour moi, j’en ai encore plus pour vous, étant de tout cœur tout à fait à vous.

Ils ne font consister la piété qu’en pratiques extérieures, confessions, communion, longs séjours dans les églises, mais pour tout le reste, ce n’est qu’oubli de Dieu, colères, haines, vengeances, mensonges, avarice et parjures.

Les paroles des traités ressemblent aux compliments qui se font dans le monde et n’ont qu’une signification bien au-dessous de ce qu’elles sonnent.

Les brassées de fleurs qu’il jetait sous mes pieds pour mieux dissimuler ses trappes.

Il y a un temps pour tout, dit l’Écriture, « un temps pour semer et un temps pour récolter », un temps pour conquérir et un pour conserver.

Elle était comme ces âmes malheureuses qui hantent éternellement les lieux qu’elles ont habités pour expier leurs fautes.

Son exemple me donnait bien à méditer sur la fragilité de la grandeur ; au reste, quand la disgrâce n’est pas au bout, c’est la mort qu’on trouve.

Je ne pouvais séparer les tentations de la chair des folies de la jeunesse et de l’insouciance de corps parfaits, en liberté dans la campagne et dans l’été ; même quand les avait bénits, je regardais ces plaisirs comme des jeux d’enfants, d’où l’on peut tirer de grandes joies peut-être lorsqu’on y excelle mais dont il est convenable, de toute façon de se lasser avec l’âge.

Il vous faut rentrer dans la sujétion que votre vocation vous prescrit et servir d’asile à un homme faible qui se perdrait sans cela. Qu’elle grace, Madame, de faire par pure vertu ce que tant d’autres femmes font par passion…

Contentez votre mari, ayez pour lui toutes les complaisances qu’il exigera et entrez dans toutes ses fantaisies.

« Ceux qui me mangent, dit l’Écriture, auront encore faim et ceux qui me boivent auront encore soif ». Pour moi, qui ne sais point mettre de borne à mes désirs, j’éprouvais tous les jours l’amère vérité de cette parole.